jeudi 6 décembre 2007

Mal au Koxie(x) ( bonus track)

Puisqu'on parle de Koxie, vous avez des amis qui aiment bien ? Vous voulez leur pourrir le truc, voire faire partir en couille une petite soirée sympa qui avait bien commencé ? Hé bien alors c'est très simple, en allant ici, là et là, vous aurez tous les arguments suffisants pour instaurer une saine ambiance délétère XD Aaaah, le bonheur ! Et s'il vous plaît, soyez charitables, ne vous moquer pas du psychiatre de l'article de Libé qui trouve le moyen de nous ressortir l'histoire du vagin denté. Il faut le comprendre, ils en sont restés à Freud et aux femmes qui veulent des pénis parce que leur clitoris est trop petit ou que sais-je...
En fait, je rajouterai aussi, pour le premier lien, que c'est moins le terme «princesse» dans la chanson Garçon, que le terme «mon homme» employé dans les remerciements de l'album pour désigner son mec qui m'a choqué !!! Ah que je déteste quand on dit ça !!! Bouh quelle horreur !!! Et puis pourquoi «mon homme» ? Si j'étais l'homme de quelqu'un, tant qu'à faire, je voudrais qu'on m'appelle «mon Dieu !» ;-p

Post blogum : ensuite, vous pouvez vous amusez à critiquer l'auteur de ce blog à son tour pour avoir mis un site assez extrême dans son féminisme en premier lien, ou bien faire plus vicieux, et critiquer l'auteur de ce blog pour avoir commenté ainsi le site, ou raffiner encore et toujours, et critiquer l'auteur pour avoir osé penser que vous vous amuseriez au genre de jeux évoqué dans cette note ( mais alors, pourquoi me critiquez-vous donc ;-p

Plaît-il mademoiselle ?

( Clément Marot et Koxie ; blasphème réalisé sous paint par votre serviteur himself, Fuv ayant été assez exploité pour aujourd'hui)

A une époque, quand on vendait son âme au Diable, on obtenait l'argent, le pouvoir, les femmes, voire les trois à la fois pour pas grand'chose de plus ( c'est fou ce qu'on peut faire avec son âme au final). Pour avoir vendu son âme au Grand Satan du Marketing votre serviteur, lui, a reçu son album Koxie. Pour tenter de sauver sa dignité, puisqu'hélas maintenant son âme est foutue, votre serviteur ne va pas vous parler de sa cédille mais de Clément Marot, amené par une chanson de l'album ( hé oui ! les Pères de l'Église avaient bien raison : une fois damné, on ne recule plus devant rien !).

C'est sur la piste Je fais des rimes qu'apparaissent ces fortes paroles :

Je rime ça m'obsède, c'est c'que j'aime et ça m'aide

Je rime quand je respire ou quand je rêve et quand j'aime

Je rime sans gêne, ça m'élève, ça t'énerve,

Mais je rime sans chaînes, sans toi et sans haine

Oui, c'est du brut, c'est du fort, c'est du ferme. Ne vous demandez pas comment ce fut possible, mais ces paroles ont réveillé dans l'esprit amoindri de votre serviteur le souvenir d'un petit poème de Clément Marot qui savait si bien réclamer par les siens un mécénat du roi ou d'autres généreux donateurs ( non, pas François Pinault, pas à l'époque !). Lui aussi parle de rime mais, vous verrez, ça change un peu ^_^

Petite épître au Roi [François Ier en l'occurrence]


En m’ébattant je fais rondeaux en rime,
Et en rimant bien souvent je m’enrime ;
[entendre : «enrhume»]
Bref, c’est pitié d’entre nous rimailleurs,
Car vous trouvez assez de rime ailleurs,
Et quand vous plaît mieux que moi rimassez,
Des biens avez et de la rime assez :
[dans ces quatre vers, vous = le roi]
Mais moi, à tout ma rime et ma rimaille,
Je ne soutiens (dont je suis marri) maille.
[ traduc : ouèch, avec la rime tu grailles pas]
Or ce me dit (un jour), quelque rimart :
« Viens çà, Marot, trouves-tu en rime art
Qui serve aux gens, toi qui as rimassé ?
- Oui vraiment (réponds-je) Henri Macé ;
Car vois-tu bien la personne rimante
Qui au jardin de son sens la rime ente,
[ en arboriculture, enter = faire une greffe]
Si elle n’a des biens en rimoyant,
Elle prendra plaisir en rime oyant ;
Et m’est avis, qui si je ne rimois,
Mon pauvre corps ne seroit nourri mois
[ on est au XVIe siècle, ça se lit «ouais»]
Ne demi-jour : car la moindre rimette
C’est le plaisir où fault que mon ris mette".
Si vous supplie qu’à ce jeune rimeur
Fassiez avoir un jour par sa rime heur,
[ bonheur]
Afin qu’on dise, en prose ou en rimant ;
« Ce rimailleur qui s’en ailloit enrimant,
Tant rimassa, rima et rimonna,
Qu’il a connu quel bien par rime on a."

Chère victime de ce blog, de Koxie et de Clément Marot à qui va ta préférence ?...

Post blogum : saleté de blospot qui me mets des saut de ligne où je veux pas, mais me refuse mes belles indentations T_T

lundi 3 décembre 2007

Tests à la hon

De temps en temps je renonce à toute dignité et m'adonne à tous les tests à la hon du net qu'il m'arrive de croiser. Ce matin la crise a été grave ( 2 heures de sommeil, ceci doit expliquer cela ^_^, ), alors en guise de catharsis, je vous inflige le triste spectacle de mes résultats.

2,022,300How Many Germs Live On Your Keyboard?

Heu... finalement mes toilettes ont plutôt l'air inoffensives ^_^,

60%SOCIAL DRINKER

Ce score est quand même obtenu en identifiant des boissons comme je n'en bois jamais ! ( white russian ?!! connais pas ! j'aime que les cocktails à base de rhum :-p

140,254 People

Aaaah ben tiens, je me sens plus heureux pour commencer la journée moi maintenant...

$4375.00The Cadaver Calculator - Find out how much your body is worth.

Bon alors si je meurs et que je vends mon corps je pourrai m'acheter ce gros dictionnaire étymologique du grec qui est si sexy ( hé ! quelle arnaque ! l'euro est plus fort !!! pourquoi c'est pas en euros ?! radins !!!).

0%How Addicted to Apple Are You?

Lol leur politique commerciale n'est manifestement pas encore assez performante...

47%

Il semble que je sois mal préparé aux courses de Noël...


60% Geek
60%

F34r my l337 p4w4 !!!

331 WATTS Body Battery Calculator - Find Out How Much Electricity Your Body is Producing - free dating sites

Alors si vous m'embêtez, je vous électrocute !!!



Test réalisé sous dopage caféinique o^_^o

Hannibal Lecter : 75%
Schrek : 72%
Tony Montana (Scarface) : 71%
Indiana Jones : 70%
Eric Draven (The Crow) : 69%
James Bond : 67%
Néo (Matrix) : 65%
Batman / Bruce Wayne : 65%
Maximus (Gladiator) : 65%
Yoda (Star Wars) : 64%
Jim Levenstein (American Pie) : 64%
Forrest Gump : 59%

Quel héros de film es-tu ?

Mais n'ayez pas peuuuuur ! Je suis très gentil ! Enfin, sans doute...


Vivian Ward (Pretty woman) : 76%
Beatrix Kidow (Kill Bill) : 72%
Bebe (Dirty dancing) : 71%
Michelle (American pie) : 70%
Bridget Jones : 69%
Catherine Tramell (Basic instinct) : 68%
Jean Grey (Xmen) : 65%
Leeloo (Le 5ieme élément) : 65%
Trinity (Matrix) : 63%
Ellen Ripley (Alien) : 62%


Quelle héroïne de film es-tu ?

Heu... Heuuuuuu... HEUUUUUUUUUUU... J'ai envie d'une grosse saucisse de Lyon ! ( Ich hàb e Knack XD )



Mac Gyver : 79%
Mitch buchannon (Alerte à Malibu) : 73%
Rick Hunter : 70%
Cordell Walker (Walker Texas Ranger) : 69%
Al Bundy (Marié, 2 enfants) : 64%
Will Smith (Le prince de Bel-Air) : 64%
Hannibal Smith (Agence tous risques) : 62%
Alf : 62%
Tony Mitchelli (Madame est servie) : 56%
Joey (Friends) : 47%


Quel héros de série télé es-tu ?


Loïs Lane (Loïs et Clarck) : 75%
Ally mc Beal : 72%
Sue Helen (Dallas) : 71%
Dana Scully (X-Files) : 71%
xena (Xena la guerrière) : 70%
Carrie Bradshaw (Sex & the city) : 64%
Gabrielle Solis (Desperate Housewives) : 64%
Fran Fine (Une nounou d'enfer) : 56%


Quelle héroïne de série télé es-tu ?

Bon, il va falloir que je vous laisse, et que j'aille me suicider là !!!

dimanche 2 décembre 2007

Aboli bibelot d'inanité webique

Le titre de cette note était ma première idée de nom pour ce blog, alors il fallait bien que je finisse par vous parler de ce qui l'avait suscité. En l'occurrence il s'agit du «Sonnet en -yx», aussi connu comme le «Sonnet allégorique de lui-même», de Stéphane Mallarmé. Pour moi un pur chef-d'oeuvre, un des sommets de la poésie française tous temps confondus. Et, ce qui n'ôte rien, bien au contraire, obscur et cryptique au possible ! Seul poème de la langue française à ma connaissance à avoir ses rimes en -yx aussi XD Vous en connaissez beaucoup, vous, de mots qui finissent avec cette sonorité? ^_^

Et puis c'est dans ce sonnet que l'on rencontre le ptyx. Ptyx ! Quel beau mot, et quel bel objet pour aller puiser dans le Styx ! Objet dites-vous ? Mais en est-ce seulement un ? Après tout la seule autre occurrence du mot est sous forme de nom propre dans un vers du poème Le Satyre de La Légende des siècles de Victor Hugo :


Bos, l'aegipan de Crète ; on entendait Chrysis,
Sylvain du Ptyx que l'homme appelle Janicule,
Qui jouait de la flûte au fond du crépuscule ;



Et si c'est un objet, lequel est-ce ? A sa source on peut trouver le mot du grec ancien ptyx, ptychos qui, fait amusant, n'apparait jamais au nominatif et rarement à l'accusatif (peut--être d'ailleurs sa propre étymologie est-elle intéressant ? le cas échéant je vous en reparlerai), et qui singifie «le pli», celui de la roche, d'une anfractuosité, d'un organe ou d'un coquillage. Alors, une coquille de bivalve en guise de coupelle ?

Je vais tenter de vous éclairer un peu ce poème, il y fait nuit après tout, en vous donnant des éléments des deux interprétations entrecroisées qu'on peut en faire. Lycée en quête d'inspiration pour un commentaire de texte, ce travail est copyright de moi-même et je te maudis par les cercles d'Hadès si tu pompires sans comprendre ; que ton prof t'interroge sur ton commentaire si tu passes outre ! Mais d'abord, savourons-le doucement (


Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.



Pour comprendre ce que décrit ce poème, partons de la deuxième strophe. Ce qu'elle nous décrit concrètement, c'est un salon vide, dont le propriétaire est absent ( peut-être est-il mort ?), ce qui fait régner sur celui-ci une atmosphère de désolation renforcée par la désormais absence de tout ptyx sur les crédences de ce salon. Vu que nous sommes dans un salon, parmi les sens divers du mot crédence, il faut le voir soit comme toute la partie supérieure d'un buffet, soit comme la partie intermédiaire entre les parties inférieure et supérieure d'un tel buffet, où l'on peut alors exposer de la vaisselle par exemple ( à ce stade divers lecteurs que je connais devraient s'être fait une idée de la chose ;-).

Sans ce salon une fenêtre s'ouvre vers le Nord, par laquelle on voit le Soleil se coucher, faisant place aux sept étoiles de la Grande Ourse. Vis-à-vis de cette fenêtre se trouve un miroir reflètant la scène, sur le cadre ouvragé duquel des licornes aux naseaux soufflant des flammes vainquent une nixe, c'est à dire un esprit des eaux dans la mythologie germanique.


Ceci nous offre la transition vers l'interprétation symboliste de ce texte, où nous remontons à la première strophe. Peut-être peut-on s'imaginer sur une des parties verticales du cadre de notre miroir l'Angoisse personnifiée sous les traits d'une belle femme qui, le bras levé bien haut, la paume de la main tournée vers le haut soutient quelqu'objet qui ne réfléchit par la lumière du soir ?

Mais peut-être est-ce plutôt l'angoisse du poète en quête d'inspiration qui soutient celui-ci dans son errance dans la nuit noire de la création. Le rêve vespéral n'est-il pas alors le poème lui-même que sur le soir l'auteur tente de réaliser, mais que son angoisse annihile, en dépit de ses efforts renouvellés, pareils au Phénix qui toujours renaît de ses cendres. L'angoisse de ne pas exprimer ses songes le pousse à poursuivre ses efforts, mais cette même angoisse les rend vains. Et si nulle amphore ne recueille de cendres de Phénix, puisqu'il n'en est point, nulle amphore ne recueille non plus les rêves éteints qui rejoignent le néant.

Si dans cette première strophe les rêves sont encore nombreux ( maint, de la famille du manche allemand, veut dire «très beaucoup»), il n'en reste plus rien dans la deuxième. Le salon est vide. Le ptyx que l'on pensait être une coquille de coquillage ne désigne-t-il pas en fait le poème recherché dans la première strophe ? N'a-t-il alors pas été mené à terme, puisque c'est un bibelot aboli, c'est à dire supprimé ? De toute façon, qu'est-ce qu'un poème ? Avec sa métrique et ses rimes, rien d'autre qu'un simple bibelot qui joue sur des sonorités dépourvues de sens propre, inanes en un mot.

Ou peut-être que finalement ce poème a été écrit ? Peut-être est-ce même celui que nous sommes en train de lire ? L'inanité sonore, ne sont-ce pas alors ces rimes en -yx, si étrangères aux sonorités de notre langue ? Et jouer sur celles-ci, est-ce alors faire oeuvre de poésie, ou bien forger quelque bibelot sans grande signification ? Voire même sans aucune signification, un pur Néant. Mais un néant que du moins l'on entend, un néant sonore.

Il faudrait peut-être le demander à l'auteur. Mais celui-ci s'est suicidé, emportant son poème avec lui. Et le poème est alors cette chimère qui se meurt dans ce miroir qu'à la fois elle compose et qui lui renvoie une image d'elle-même.


On pourrait encore dire de nombreuses choses «simples» sur ce poème, et par exemple noter le champ lexical de la disparition et de la mort dans celui-ci ( vide, nul, aboli, Styx, néant -pour la seule 2e strophe), mais ic ça fait maintenant longtemps que l'or a agonisé, alors je vais me contenter de conclure en étalant encore un peu mes vices, au bénéfice d'un visiteur germanique qui se serait égaré sur ce blog ( le pauvre !). Bien que Jules Romain ait d'une langue de vipère dit que Mallarmé était intraduisible même en français, je me suis trouvé à Francfort une version bilingue français-allemand des poèmes de Mallarmé qui me semble fort bien faite. On sent l'intérêt de l'auteur des traductions pour le poète, et bien qu'une traduction oblige à renoncer à certaines des ambiguïtés de la version originale, suffisamment en est conservé pour que la version allemande soit très appréciable ! ( elle pourrait aussi éclairer les francophones sur certains passages ;-p Cousin germain ( désolé mais celle-là je devais la faire !), voici une photo de la bête ! Quitte ce blog inane et va l'acheter, va !

samedi 1 décembre 2007

Une feuille parmi dix mille

( Statue de Yamano'ue no Okura)

Le désir de la bête qui gîte en ce blog était de finir par vous parler un peu du Man'yôshû ( 万葉集) - Le Recueil d'une myriade de feuilles ( man, littéralement 10.000, peut aussi servir comme notre 36.000 à nous)- et vous en proposer quelques poèmes, tels qu'ils y apparaissent. C'est à dire aussi en VO, et il s'agit là de japonais classique, et tant qu'à faire dans la graphie de l'ouvrage, et là oubliez les kanas ( les caractères phonétiques simples à écrire du japonais moderne). Cela n'aura finalement pas été une mince affaire, et il aura fallu à l'auteur de ce blog jongler entre pas moins de 5 langues ( français, anglais, japonais, japonais classique, italien) pour au final ne pas vous dire trop de bêtises. Comme il s'agit de maintenant rentabiliser tous ces efforts, attendez-vous à retrouver des poèmes du Man'yôshû de temps à autre ! ;-)

Mais tout d'abord, quoiqu'est le Man'yôshû et en quoi est-il aussi tordu ? Le Man'yôshû c'est 4.516 poèmes d'une période s'étalant entre le début du VIIe siècle et 759, écrits en langue japonaise ( en 和文 wabun donc). En langue japonaise, et non pas en langue chinoise. C'est à dire que vous ne trouverez pas de mots venus du chinois. Mais les notices des poèmes sont en chinois !
Ensuite, même pour les poèmes en wabun, reste encore à noter tout ça ! Car au départ le Japon n'avait pas de système d'écriture propre, et avait emprunté à la Chine le sien, pour tout d'abord écrire le chinois justement.
Alors comment fait-on ? On utilise les man'yôgana ( 万葉仮名), c'est à dire qu'on utilise certains caractères chinois mais en leur donnant une valeur phonétique correspondant aux sons du japonais. Mais certains caractères gardent un rôle d'idéogramme, mais un caractère peut retranscrire un ensemble de plusieurs syllabes, mais un même son peut être retranscrit par plusieurs caractères chinois. Un exemple sera explicite : pour retranscrire le son «a», on a le choix entre tout ça : 阿、安、英、足 ( le 2e caractère finira par donner le hiragana あ). Et par dessus tout ça, vous pouvez trouver même dans un texte japonais des réminiscences du chinois dans l'ordre des mots ( le chinois, langue SVO, préfixe plutôt là où le japonais, langue SOV, préfère suffixer), nous en verrons justement un exemple dans le poème que j'ai choisi ( j'ai vraiment l'instinct de la complication moi !). Petite précision étymologique : les man'yôgana, ce sont tout simplement les «caractères du Man'yô[shû]», ainsi nommés du fait de l'ampleur de leur usage dans l'ouvrage, même s'ils étaient déjà employés avant celui-ci.
Par la suite, la prononciation des poèmes retranscrits en man'yôganas se perdant ou n'étant plus sentie comme très sûre, des commentateurs ont rajouté ce qui s'appelle des kunten ( 訓読, «lecture explicative») pour indiquer celle-ci, ou du moins une estimation de celle-ci.

La forme poétique principale du Man'yôshû ( plus de 90% des poèmes) est le tanka ( 短歌), poème court de 5 vers dont la structure morique est 5-7-5-7-7. Qu'est-ce qu'une more me direz-vous ? On s'en fout ! ;-p Dites-vous que c'est presque des syllabes; vous écrivez le texte en kanas, et vous comptez 1 par kana, sauf s'il est petit ( petits «tsu» et petits y+voyelle -qui doivent bien avoir un nom ^_^, ). Quant aux thèmes desdits tankas, vous aurez beaucoup de poèmes de saison, de poèmes de banquet, ou de poèmes d'amour.
Et maintenant que je vous ai torché à grands traits une présentation liminaire du Man'yô (pour les intimes), quelques mots sur Yamano'ue no Okamura ( 山上 憶良, 660 ? - 733 ? ) et son poème que je vais vous présenter, le 337e du Man'yô, tiré du livre III. Comme après tout mon boulot je m'autorise à être paresseux, je vais pas vous traduire toute sa biographie du wikipedia japonais. L'essentiel est qu'il a occupé des postes de gouverneur de province ( je crois ^^, ), et qu'il était plutôt de tendance confucianiste ( une bonne part des poèmes du Man'yô sont déjà bouddhistes ; on relève par exemple des passages indiquant l'apparition des crémations funéraires). Je développerai peut-être un jour de panne d'inspiration.

Quand au poème qui ce soir m'intéresse, c'est celui que le wikipedia japonais désigne comme le 子を思ふ歌 ( kodomo o omou uta, le poème/chant de pensée à l'enfant). La notice de ce poème figurant dans l'édition française ( dont votre serviteur possède pour le moment 3 volumes sur 6) indique qu'il frappe et surprend par son ton et le prétexte qu'il invoque. Il est cité depuis en entier ou par le 3e vers comme excuse pour prendre congé avant l'heure d'une compagnie de lettrés. La notice du Man'yô lui-même donne: «un poème de Yamano'ué no Okura no Omi, pour se retirer d'un banquet.» Je n'aurais peut-être pas remarqué ce poème s'il ne m'avait pas été mis en exergue, mais une fois que ce fut fait, il est vrai qu'il se dégage de lui un charme indéfinissable, même indépendamment du contraste qu'il offre avec les poèmes l'entourant. Il m'a séduit, et maintenant, je vous le présente juste pour qu'il vous fasse envie ( si vous me dites qu'il vous fait fuir, vous allez me vexer !).
Alors allons-y ! Je vous donne d'abord de façon brute et successivement: la version en man'yôgana, la version kundoku (lecture en japonais), une indication de comment ça se lit ( et le découpage des vers), et enfin une traduction personnelle.


憶良等者 今者将罷 子将哭 其彼母毛 吾乎将待曽

憶良らは今は罷らむ子泣くらむそれその母も我を待つらむぞ

Okura-ra wa / Ima wa makara-mu / Ko naku-ramu / Sore so no haha mo / Wa o matsu-ramu zo

Moi, Okura, vais maintenant penser à partir. L'enfant doit pleurer, et la mère de celui-ci elle aussi m'attend assurément.


Pour conclure, et comme promis ( j'ai dis ça moi ?!), disséquons un peu le texte en man'yôganas.

憶良 Okura 等 ra 者 wa

今 ima ( et hop! un caractère, deux syllabes)

者 wa 将 mu 罷 makara ; et voilà, c'est ici cette influence de chinois dont je voulais parlais. Si vous regarder la transcription en kondoku ( ou en romaji), vous verrez qu'on lit ça «makara-mu», comme il se doit. Mais c'est écrit dans l'autre sens ^0^

子 ko ; notez ici par exemple qu'on garde le sens chinois, et qu'on récupère la prononciation japonaise

将 ramu 哭 naku ; même principe d'inversion qu'au-dessus. Cette seconde occurence du caractère 将 me fait me demander s'il ne faut pas faire le découpage «ramu-maka» ci-dessus. J'ai supposé que non, en pensant qu'il y avait un caractère pour l'auxiliaire, et un pour le verbe. Mais qui sait... Je trifouille encore ^_^,

其 sore 彼 so no ; ici soit le caractère est simplement lu «so» et on supplée un «no», soit on le lit bien «sono» et alors on a dedans le «so» qui signifie «lui» et correspond au sens du caractère, et un autre morceau qui sert pour la particule d'attribution «no». pour le moment je n'ai pas su trancher.

母 haha ; ici on combine le fait qu'on récupère le sens du caractère (mère), avec le fait qu'il note deux syllabes ^_^

毛 mo 吾 wa 乎 (w)o 将 ramu 待 matsu ; une dernière petite inversion entre le verbe et l'auxiliaire pour la route? ^_^

曽zo

Comme vous voyez, avec un simple poème de 31 mores, on peut aller loin, très loin ;-)

jeudi 29 novembre 2007

Otakuisme supplémentaire

Je ne sais pas pourquoi mais tout à l'heure, alors que je regardais le journal de la 2 j'ai soudainement eu envie de vous traduire cette chanson....


Les paroles en VO :

Kill the fight

I kill the fight
悲しみバラまき
I kill the fight
孤独を育てる
I kill the fight
この戦いを 俺は今たたく

この世に生きることが
砂漠である限りは
Oh baby
明日もまた血と涙が 落ちる
そして消えて行く

I kill the fight
何かが命じる
I kill the fight
俺の内がわで
I kill the fight
心なき心 俺はいまたおす

すべてが闇にうもれ
光失っても
Oh baby
俺の胸の星に抱かれ 眠れ
そうさいつまでも

I kill the fight
悲しみバラまき
I kill the fight
孤独を育てる
I kill the fight
この戦いを 俺は今たたく

Leur transcription :

Kill the fight

I kill the fight
Kanashimi baramaki
I kill the fight
Kodoku o sodateru
I kill the fight
Kono tatakai o Boku wa ima tataku

Kono yo ni ikiru koto ga
Sabaku de aru kagiri wa
Oh baby
Ashita mo mata chi to namida ga Ochiru
Soshite kiete iku

I kill the fight
Nanika ga meijiru
I kill the fight
Ore no uchi gawa de
I kill the fight
Kokoro naki kokoro Ore wa ima taosu

Subete ga yami ni umore
Hikari oshinatte mo
Oh baby
Ore no mune no hoshi ni dakare Nemure
Sou sa itsumademo

I kill the fight
Kanashimi baramaki
I kill the fight
Kodoku o sodateru
I kill the fight
Kono tatakai o Boku wa ima tataku

Er ma traduction :

Tue le combat

Je tue le combat
Lui qui répand la peine
Je tue le combat
Qui engrendre la solitude
Je tue le combat
Ce combat, moi je le combats maintenant

Vivre dans ce monde-ci
Aux limites d'un désert
Oh baby
Demain encore couleront le sang et les larmes
Et puis s'éffaceront

Je tue le combat
Quelque chose me le commande
Je tue le combat
En moi
Je tue le combat
Les coeurs mauvais, moi je les broie à terre

Entièrement engloutie par els ténèbres
La lumière aussi a été perdue
Oh baby
Taraudé par les étoiles sur ma poitrine dans mon sommeil
Oui, ainsi à jamais

Je tue le combat
Quelque chose me le commande
Je tue le combat
En moi
Je tue le combat
Les coeurs mauvais, moi je les broie à terre

mardi 27 novembre 2007

Violence morale gratuite

Au cours d'une longue journée d'ennui m'est soudain venu la réalisation que l'orientation misanthropique de ce blog avait ces derniers temps faiblit devant mon otakuisme. Il est donc temps pour moi de redresser la barre et d'étaler ma détestation de ce monde. Comme en plus rien ne soulage comme la violence gratuite, je vais ce soir m'en prendre lâchement à un site aux si nobles objectifs ( lutter contre la production d'opium en Afghanistan par exemple), en riant à ses dépens. Afin toutefois de ne pas ressembler à certain journaliste de TF1, je vais vous faire une transition avec les notes précédentes en vous avouant que j'ai repéré ma victime de ce soir par le biais d'un blog-bédé : http://20six.fr/pangolin/archiveofmonth/2006/05/00 .
Et maintenant, poutrons la bête qui ici gîte : http://sayara-media.com/ .

Dès la page d'accueil, notez avec amusement comment se réalise le «highest level of professionnalism» dans la vidéo «counter narcotics» où vous pourrez tenter de distinguer l'anglais couvert par le souffle du vent dans le micro ( enfonçons le clou : ça me rappelle les vidéos amateur de ma classe de mer en CM2 en Bretagne).

Passons ensuite à la sous-rubrique «the team» de l'onglet «agency». Cela commençait pourtant noblement, par une agence de 80 employés dont 65 afghans ( médisons un peu en notant qu'il n'était pas nécessaire de donner de précisions pour les autres si c'était seulement pour dire qu'ils n'étaient pas afghans). Maintenant, regardons qui sont les «executive directors», «directors» et autres managers : un Sud Américain ( Argentin peut-être ?), un Français, un autre Français, encore un Français, une Américaine, ah tiens, un ou deux Afghans, re un Français, et enfin, un autre Afghan. Finalement, c'était une bonne idée de préciser qu'ils employaient 65 afghans lol.

Ensuite, dans la partie «media expertise», vous apprendrez que face aux choix critiques auxquels l'Afghanistan devra faire face dans les années à venir, ce ne sont pas les kalach mais les médias ( et nationaux SVP) qui joueront un rôle critique. Et ne riez pas à propos de la «better-informed democracy», bande de sales cyniques !

Dégustez ensuite les deux derniers paragraphes de «research and stragtegy» dans la partie «skills» et ne lolez pas trop, c'est du business sérieux, m'enfin ! Bon, les zones d'implantations elles ne sont peut-être pas critiquables, elles correspondent aux zones de plaine du pays. Je n'ai pas ma documentation sur l'Afghanistan chez moi, donc je ne peux pas vous mettre les zones les plus chaudes ( si l'un de vous chers lecteurs a cela...). Je vous mets deux cartes piquées sur wikipedia que vous vous fassiez une idée ( j'ai colorié en rouge les provinces avec une antenne locale)




(cela dit, la région 23 - Nimruz - doit pas être top à mon avis lol).

Dans la section «PR», à votre avis, les «influencials persons», ce sont les barons de la drogue et les seigneurs de la guerre ?...
Passons à «media». Si vous l'ignoriez vous apprendrez dans la partie «print» à quoi ressemble un lien ( si vous comprenez pas le dari le blog sus-mentionné vous donnera une idée des prints en question).

Je vous ai gardé pour la fin ma partie préférée. Dans la partie «success stories» de «references» vous verrez... rien ! XPLDR ! Pour des communiquants, ils ont un peu pormerdé là! ^0^

Post-blogum : sur le site du WWF vous pouvez évaluer votre empreinte écologique en moins de 20 questions ( est-ce bien sérieux tout ça ?). Il semble que votre serviteur soit à même de ravager à lui tout seul deux fois la Terre. J'aurais dû prendre Attila comme pseudo. Je pourrais toujours me consoler en pensant que je ne brûle que 3,6ha là où le Français moyen vise les 5,3ha ( salauds de Français !!!). Il semble que ce qui m'a le plus handicapé soit d'occuper un logement tout seul. C'est peut-être une idée de technique de drague à creuser d'ailleurs... «Salut poupée, ça te dirait de m'aider à réduire mon empreinte écologique ?» XD