Sous cette image multicolore se dissimule, outre le présent texte - qui n'est d'ailleurs pas vraiment caché, lui -, une rérécidive ( d'aucuns sont trois-fois-grand, moi je suis trirelaps) : j'ai encore fait un test sur le net ! Cette fois pour connaître mon orientation, non pas sexuelle ( c'est passé de mode ) , mais politique. Et là, horreur glauque, j'ai deux ailes au cul. Hum ! Non, pardon : horreur glauque : je serais un left libertarian, de surcroît d'après le site quelque part entre Nelson Mandela et le Dalai Lama, ce qui, vous en conviendrez, est assez lourd à porter. lundi 28 janvier 2008
Les lendemains qui chantent faux
Sous cette image multicolore se dissimule, outre le présent texte - qui n'est d'ailleurs pas vraiment caché, lui -, une rérécidive ( d'aucuns sont trois-fois-grand, moi je suis trirelaps) : j'ai encore fait un test sur le net ! Cette fois pour connaître mon orientation, non pas sexuelle ( c'est passé de mode ) , mais politique. Et là, horreur glauque, j'ai deux ailes au cul. Hum ! Non, pardon : horreur glauque : je serais un left libertarian, de surcroît d'après le site quelque part entre Nelson Mandela et le Dalai Lama, ce qui, vous en conviendrez, est assez lourd à porter. samedi 26 janvier 2008
Stanco di aver lavorato
Comme promis dans une note précédente, je reviens vous parler de Cesare Pavese. Plutôt que de vous redire ce qui a déjà été suffisamment bien dit ailleurs, je vous ai traduit l'article du wikipedia italien sur le recueil de poèmes Lavorare stanca, c'est ici que ça se trouve. Généralement, je ne contribue pas à wikipédia, sinon pour corriger des fautes ignominieuses croisées lors de la lecture d'un article, pour plein de raisons que l'étiquette de scepticisme recouvre assez bien. Mais cette fois-ci l'article italien était pas mal, et puis, ça permettra peut-être de faire découvrir un bel ouvrage aux français incultes ( on peut toujours rêver... ).Ce passager sur wikipédia en tant que contributeur/traducteur a aussi été l'occasion d'améliorer et d'achever de créer la boîte ancien français de Wikipedia:Babel. La version précédente évoquait quelqu'un qui avait voulu se faire plaisir avec de l'ancien français, aucun mal à cela ( après tout, j'ai fais pareil en corrigeant ;-) , mais elle n'était pas très correcte du point de vue de la langue. La première occurrence d'« assister » arrivait trop tard dans la langue française pour appartenir au domaine de l'ancien français, et puis surtout, il y a avait la question de « francor ». Avec vavassor (vassal de vassal ) et Chandelor, c'est un des restes du génitif latin en ancien français. Mais ces restes ne font pas long feu, et un terme comme Francor ( « des Francs ») est vite cantonné au genre épique, puis à plus rien du tout ! Typiquement, c'est du style de La Chanson de Roland ( qui est du début de la période de l'ancien français, et où on l'y trouve ).
Mais revenons à Pavese. Les notes précédentes de ce blog vous auront sans doute appris à vous méfier : je vais vous traduire un poème de Lavorare stanca. Comme nombreux sont fort beau, le choix de l'un d'exu n'était pas si évident au départ, alros j'ai finalement opté pour le poème éponyme. Pour au moins deux raisons. La première est que c'est lui qui a fini par me faire lire l'ensemble du recueil, alors que j'avais déjà 36.000 livres sur le feu ; le deuxième est que ce poème porte bien ce sens de la solitude et de l'incommunicabilité qui traverse tout l'ouvrage et en constitue un thème central. Il est possible d'ailleurs que ce ne soit pas que l'ouvrage mais toute l'oeuvre pavésienne que traversent ces thèmes. Je ne serais pas le dire avec certitude, vu que le seul autre ouvrage de Pavese que je connaisse pour le moment est La Bella Estate que je suis encore en train de lire. Du moins dans celui-ci il est clair que ces thèmes sont encore présents et importants ( vous ai-je dis que j'aimais les lectures tristes où les personnages sont malheureux, parce que sinon c'est pas drôle ? ;-)
Et donc, allons-y pour Travailler fatigue ^_^
Lavorare stanca
Traversare una strada per scappare di casa
lo fa solo un ragazzo, ma quest’uomo che gira
tutto il giorno le strade, non è più un ragazzo
e non scappa di casa.
Ci sono d’estate
pomeriggi che fino le piazze son vuote, distese
sotto il sole che sta per calare, e quest’uomo, che giunge
per un viale d’inutili piante, si ferma.
Val la pena esser solo, per essere sempre più solo ?
Solamente girarle, le piazze e le strade
sono vuote. Bisogna fermare una donna
e parlarle e deciderla a vivere insieme.
Altrimenti, uno parla da solo. È per questo che a volte
c’è lo sbronzo notturno che attacca discorsi
e racconta i progetti di tutta la vita.
Non è certo attendendo nella piazza deserta
che s’incontra qualcuno, ma chi gira le strade
si sofferma ogni tanto. Se fossero in due,
anche andando per strada, la casa sarebbe
dove c’è quella donna e varrebbe la pena.
Nella notte la piazza ritorna deserta
e quest’uomo, che passa, non vede le case
tra le inutili luci, non leva più gli occhi :
sente solo il selciato, che han fatto altri uomini
dalle mani indurite, come sono le sue.
Non è giusto restare sulla piazza deserta.
Ci sarà certamente quella donna per strada
che, pregata, vorrebbe dar mano alla casa
Travailler fatigue
Traverser une rue pour s'enfuir de chez soi
Seul un enfant le fait, mais cet homme qui court
Les rues tout le jour, il n'est plus un enfant
Et il ne s'enfuit pas de chez lui
L'été il est
Des après-midi où jusqu'aux places sont vides, étendues
Sous le Soleil qui va amorcer son coucher, et cet homme, qui s'en vient
Par une avenue de plantes inutiles, s'arrête.
Cela vaut-il la peine d'être seul, pour être toujours plu seul ?
A seulement les parcourir, les places et les rues
Sont vides. Il faudrait arrêter une femme
Et lui parler et la convaincre de vivre à deux.
Sinon, on parle tout seul. C'est pour cela que parfois
Il se trouve un soulaud nocturne pour attaquer un discours
Et raconter les projets de toute une vie.
Ce n'est certes pas en attendant sur la place déserte
Que l'on rencontre quelqu'un, mais celui qui court les rues
S'arrête aussi de temps en temps. S'ils étaient deux,
Aussi à aller par les rues, le chez-soi serait
Où se trouve cette femme et cela vaudrait la peine.
La nuit la place redevient déserte
Et cet homme, qui passe, ne voit pas les maisons
Entre les lumières inutiles, il ne lève plus les yeux :
Il sent seulement le pavé que d'autres hommes ont placé
De leurs mains durcies, comme le sont les siennes.
Ce n'est pas juste de rester sur la place déserte.
Il y a certainement une femme dans la rue
Qui, si on l'en priait, accorderait le foyer.
A la traduction, brutale - celle de Poésie/Gallimard est peut-être mieux, mais inférieure à l'original en italien -, je me demande ce que veulent finalement dire les derniers vers... Au départ je pensais que ce devait être que quelque part, il y aurait une femme avec qui vivre, même pour cet homme. Mais, à la réflexion, et vus les thèmes de l'oeuvre et certaines autres poésies, je me demande s'il ne serait pas question ici d'une prostipute...
mercredi 23 janvier 2008
Et quel titre mettre ?
Le deuxième documentaire se conclut sur deux évocations du Pélican dans la poésie. Le fils, qui réalise le reportage, pense à celui de Desnos ( mort d'épuisement et de typhus en 1945 au camp de Térézin, peu après la libération de celui-ci ) dans Chantefable :
Le Capitaine Jonathan,
Etant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-orient.
Le pélican de Jonathan
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'où sort, inévitablement
Un autre, qui en fait autant.
Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.
Son père, un de ceux dont le témoignage est recueilli dans le documentaire, évoque, lui, le passage pathétique et poignant de La Nuit de Mai de Musset, où le pélican nourrit ses enfants de son sang :
[La Muse
... ]
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L'océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort se recommande à Dieu.
Si vous avez regardé une chaîne plus gaie ce soir, bonne nuit à vous.
lundi 21 janvier 2008
Incroyable ! Inouï !
A côté de l'effet maléfique quand à la relation d'ordre très partielle qui règne dans mon appartement de mon passage chez les bouquinistes ( j'avais promis au début de ce blog de faire des phrases tordues ; je suis un homme de parole ;-p ) il y a eu un effet bénéfique : sous le titre de Lettres à Madeleine je me suis trouvé chez Folio une version a priori non expurgée de Tendre comme le souvenir, dont je vous parlais ici. Je peux donc reprendre ma lecture de ce livre ^0^
Sinon, pour compléter un peu cette note, je pensais rédiger une lâche critique contre Mission : impossible 1, le film, puisqu'il est passé ce soir à la téloche ( oui, désolé, j'avais des choses à faire et je voulais un bruit de fond o-_-o ). Globalement, à mon orgueilleux avis, c'est une bouse infâme ; la vague chose qui lui tient lieu de scénario n'est là que pour servir de prétexte à un enchaînement de scènes d'actions ni drôles ni bonnes, ce qui ne laisse plus d'excuses (en plus c'est mal filmé : on dirait que certaines scènes ont été tournées par un caméraman atteint de la maladie de Parkinson à qui on aurait de surcroît confié une caméra à la batterie en fin de vie ).
Mais c'est sur un deus ex machina des plus grotesques que je voudrais m'arrêter : celui où cherchant le code pour entrer dans un ordinateur, notre brillant héros fini d'abord par réaliser que le code pourrait être lié à, je cite, «job trois quatorze» ( pff ces gens qui donnent leur question personnelle à n'importe qui...), puis, après de laborieux efforts renouvelés, que ce «job trois quatorze» pourrait bien vouloir dire Job 3 : 14. Ouah !
Et c'est là que Dieu sort de la machine... Heu, je veux dire qu'un dieu est amené par une machine, hum enfin vous m'aurez compris... Près de cet ordinateur, il y a... une Bible ! Bon jusque là rien de bien surprenant, c'est des américains, et la religion c'est comme les sponsors industriels, faut la caser dans tous les films. Nan, le miracle c'est que cette Bible est une New international Bible !!! Et là, je me demande si y'a eu une concurrence acharnée entre les différentes éditions pour savoir qui serait la Bible de référence pour le film ( y'a dû avoir compétition, c'est pas possible autrement vu le gros plan qu'on se tape sur la couverture !). Ensuite, après un petit tour sur internet parce que leur Job 3 :14 ne correspond pas tellement au mien ( celui d'une Bible en français version Louis Segond, donc pas la plus anecdotique ), j'ai réalisé que c'était quand même hachement du pot d'avoir pile la bonne édition pour avoir le code servi tout frais, parce que le moins qu'on puisse dire, c'est qu'y'en a des versions pour Job 3 : 14 !
En effet, si dans la New international ça donne «with kings and counselors of the earth, who built for themselves places now lying in ruins», dans la King James ça donne «with kings and counselors of the earth, which build desolate places for themselves» ( et là, faudra m'expliquer ce que ça veut dire... Ils parlent de Naypyidaw ?), dans la American standard on trouve «With kings and counsellors of the earth, who built up waste places for themselves», dans la Revised standard «with kings and counselors of the earth who rebuilt ruins for themselves» ( c'est une critique de la papauté et du Château Saint-Ange ?), etc etc... Sans compter que dans ma Bible, ça donne carrément «Avec les rois et les grands de la terre, qui se bâtirent des mausolés» ( je sais pas si c'est plus correct, mais au moins ça revêt déjà un sens...). Enfin bref, une Bible une version, y'aurait peut-être moins eu de problèmes avec la généalogie de Marie ( quoique, avec l'orthographe des noms...). Donc c'est quand même bien de la chance d'avoir eu pile la bonne Bible sous la main... Quant à savoir pourquoi de toute la Bible nous avoir extrait un Job 3 : 14, je suis ouvert aux tentatives d'explications...
dimanche 20 janvier 2008
Play it once, Sam, for old times' sake
Ce soir, pour aller me coucher tôt ( ahah ! comme si je pouvais réussir !), une petite note sur une grande séquence d'un film de légende, vous l'aurez reconnu : Casablanca.
A parcourir le net, il semblerait que pour beaucoup le contenu de la chanson participe de la scène. Etrangement, pour moi, non. Pour moi, c'est l'éclairage, le tempo des phrases et de leurs silences, et le simple titre de la chanson ; son contenu lui me semble tout à fait banal et convenu. Jugez-en par vous-même ( entre parenthèses ci-dessous la partie qui ne figure pas dans l'extrait ) :
(This day and age we're living in
Gives cause for apprehension
With speed and new invention
And things like fourth dimension.
Yet we get a trifle weary
With Mr. Einstein's theory.
So we must get down to earth at times
Relax relieve the tension
And no matter what the progress
Or what may yet be proved
The simple facts of life are such
They cannot be removed.)
You must remember this
A kiss is just a kiss, a sigh is just a sigh.
The fundamental things apply
As time goes by.
And when two lovers woo
They still say, "I love you."
On that you can rely
No matter what the future brings
As time goes by.
(Moonlight and love songs
Never out of date.
Hearts full of passion
Jealousy and hate.
Woman needs man
And man must have his mate
That no one can deny.
It's still the same old story
A fight for love and glory
A case of do or die.
The world will always welcome lovers
As time goes by.
Oh yes, the world will always welcome lovers
As time goes by.)
Et par charité athée pour ceux qui auraient des difficultés avec l'anglais :
(Ce jour et cet âge dans lequel nous vivons
Nous cause bien des angoisses
Entre la vitesse et les nouvelles inventions
Et des trucs comme la quatrième dimension.
Toutefois nous commençons à être fatigués
De la théorie de M. Einstein. [ les philistins !!!]
Alors redescendons parfois sur terre
Se détendre relâche à la tension.
Et peu importe le progrès
Et ce qu'il resterait à démontrer
Les simpels faits de la vie sont tels
Qu'il ne peuvent être abolis.)
Tu dois te souvenir de ceci :
Un baiser est simplement un baisier, un soupir simplement un soupir
Les faits fondamentaux demeurent vérifiés
Tandis que le temps s'écoule.
Et quand deux amoureux se séduisent
Toujours ils diront "je t'aime"
Tu peux en être sûre
Tandis que le temps s'écoule.
(Clair de Lune et chansons d'amour
Ne sont jamais démodés.
Des coeurs pleins de passion
De Jalousie et de haine.
La femme a besoin de l'homme
Et l'homme doit avoir sa compagne [que c'est romantique tout ça]
Cela nul ne peut le contester.
C'est toujours la vieille histoire
Une lutte pour l'amour et la gloire
Un cas de marche ou crève.
Le monde sera toujours fait pour les amoureux
Tandis que le temps passe.
Oh oui, Le monde sera toujours fait pour les amoureux
Tandis que le temps passe.)
Honnêtement, ça vous transcende vous ? Et me dites pas que c'est ma traduction, même en anglais ça casse pas trois pattes à un canard ( même déjà boiteux ). Il faut donc que la magie soit ailleurs... En tout cas elle est pas non plus dans l'accent de Bogart, qui articule encore moins que l'américain moyen ;-) Pour citer la suite de la scène, quand il s'agit d'être incompréhensible [they] all try, [he] succeed ;-)
Et sur ces entrefaites, bonne nuit romantique ;-)
vendredi 18 janvier 2008
Il n'est pire fou que...
Ce soir, c'est la traduction d'un passage de Das Narrenschyff ( La Nef des fous ) que je vous propose, ouvrage de langue allemande le plus édité avant Les souffrances du jeune Werther de Goethe, et écrit par un alsacien, Sebastian Brant XDIl s'agit d'une oeuvre dressant en vers un portrait satirique de divers types de «fous», du faux savant à l'usurier, inspiré par la Réforme, dressé sur un ton bouffon et moralisateur, tous étant destinés à être embarqués dans cette Nef des fous. Cahque portrait est accompagné d'une gravure telle que celle ouvrant cette note qui illustre le passage que je vais vous traduire. Certaines de ces gravures auraient été réalisées par Dürer himself ( je n'ai pas mené une recherche exhaustive, mais je n'ai pas encore assez de certitudes sur ce fait pour user d'un autre mode que le conditionnel ).
Je connaissais l'existance de cette oeuvre, mais c'est par hasard que j'ai eu le plaisir de tomber à Paris sur une édition en fac-similé des originaux de 1494, 1495 et 1499 chez Max Niemeyer Verlag, TÜbingen ^_^ C'est écrit en gothique, alors faut s'habituer à lire ça, et c'est pas de l'allemand moderne, donc c'est pas forcément très facile... Mais pourtant ( sans le lire couramment, je ne prétends certainement pas cela !) je me demande si je n'ai pas moins de difficultés avec cet allemand-là qu'avec le moderne ; cela pourrait venir du nombre moins important ( ainsi qu'il m'a semblé ) de verbes composés, enfer du francophone dont la langue ignore l'agglutination de sa voisine ^_^, Pour m'aider, je me suis quand même acheté une édition de poche en allemand contemporain chez Reclam ( N.B : il existe une édition française qu'on peut trouver ).
C'est le premier portrait que je vais vous traduire ici : Von unnützen Büchern - Des livres inusités. Vous pouvez en trouver une version dans le texte original ici ou là. Et maintenant, place à la folie !
Le texte original :
Den vordantz hat man mir gelan
Danñ jch on nutz vil bűcher han
Die jch nit lyß / vnd nyt verstan
Von vnnutzē buchern
Das jch sytz vornan jn dem schyff
Das hat worlich eyn sundren gryff
On vrsach ist das nit gethan
Vff myn libry ich mych verlan
Von bűchern hab ich grossen hort
Verstand doch drynn gar wenig wort
Vnd halt sie dennacht jn den eren
Das ich jnn wil der fliegen weren
Wo man von künsten reden důt
Sprich ich / do heym hab jchs fast gůt
Do mit loß ich benűgen mich
Das ich vil bűcher vor mir sych /
Der künig Ptolomeus bstelt
Das er all bűcher het der welt
Vnd hyelt das für eyn grossen schatz
Doch hat er nit das recht gesatz
Noch kund dar vß berichten sich
Ich hab vil bűcher ouch des glich
Vnd lys doch gantz wenig dar jnn
Worvmb wolt ich brechen myn synn
Vnd mit der ler mich bkümbren fast
Wer vil studiert / würt ein fantast
Ich mag doch sunst wol sin eyn here
Vnd lonen eym der für mich ler
Ob ich schon hab eyn groben synn
Doch so ich by gelerten bin
So kan ich jta sprechen jo
Des tütschen orden bin ich fro
Danñ jch gar wenig kan latin
Ich weyß das vinū heysset win
Gucklus ein gouch / stultus eyn dor
Vnd das ich heyß domne doctor
Die oren sint verborgen mir
Man sæh sunst bald eins mullers thier
Et une traduction personnelle (pas fignolée du tout hein ^_^, ):
Dans cette danse je suis entraîné
Car j'ai force livre sous la main
Que je ne lis ni ne comprends
Des livres inusités
Que je me tienne à la proue du navire
C'est assurément une farce de choix ;
Cela n'est pas sans raison :
Sur mes livres je me repose,
De livres j'en ai un grand trésor
Dont je ne comprends pour ainsi dire pas un mot,
D'où je les tiens en haute estime ;
Je les garde donc soigneusement des mouches. [Notez le chasse-mouches sur l'illustration]
Quand il advient que l'on parle des Humanités
Je dis : «j'en ai à souhait, à la maison.»
Et je me sens bien contenté
D'avoir force livre sous mon nez.
Du roi Ptolémé il est dit [celui de la bibliothèque d'Alexandrie]
Qu'il avait tous els livres du monde
Et qu'il tenait cela pour un grand trésor
Mais il n'en a tiré nulle morale
Et nul savoir ne lui en est venu.
Pareil à lui j'ai force livre
Et je lis encore moins que lui.
Pourquoi voudrais me casser la tête
Et me charger de savoirs ?
Celui qui veut étudier devient un fantasque !
Je préfèrerais bien plutôt être un monsieur,
Et payer quelqu'un qui apprenne pour moi !
Mais si j'ai un esprit grossier,
Toutefois quand je suis parmi les lettrés
Je puis dire «bien sûr !», «tout à fait !»
De l'Ordre Teutonique je m'éjouit
Car je ne suis que bien peu apte au latin.
Je sais que «vinum» signifie «vin»,
«Gucklus» un coucou [je subordore le cocu, mais c'est encore à contrôler], «stultus» un imbécile
Et que je suis un «domine doctor» !
Mes oreilles sont dissimulées
De peur que l'on aperçoive celles de l'animal du meunier.
Nous sommes deux soeurs jumelles, nées sous le signe du Verseau
Dans la note de ce soir, ce sera vivisection ! Nous allons ouvrir l'éternel féminin tel qu'il est représenté dans le shônen et voir comment c'est fait à l'intérieur. ^0^ Chers otakus, souffrez de cette vulgaire mise à nu de vos objets de fantasmes, chers ségolénistes de la vieille garde, vous vous trouverez confortés dans votre opinion ( il faut bien que je dise quelque chose comme ça, je n'ai de commentaires que quand je m'attire une ire quelconque... ) ( et à bientôt pour un sujet Nicolas-Carla pour équilibrer les ires à droite ;-pUne fois notre dissection entamée, on s'aperçoit bien vite de la triste réalité : on est plus en train de disséquer un sujet de la complexité d'une amibe que de celle d'un humain. Dans un shônen, l'éternel féminin va par deux : il y a la jeune fille timide, et il y a la jeune fille indépendante et volontaire. Si dans votre lecture vous faites une rencontre du troisième type, c'est qu'il s'agit d'un hentai ! ( ou alors que c'en est adapté ). En effet cette catégorie de mangasses rajoute au moins généralement deux types : la jeune fille aux couettes pour les amateurs de lolicons, et la femme mûre ( lire «de plus de 23 ans» ) pour les amateurs de femmes expérimentées qui baisent avec chic ( enjoy les préliminaires avec vin rouge et dîner aux chandelles et/ou on fait ça dans la cuisine pendant qu'elle prépare le repas ).
La jeune fille timide ( dans l'illustration de cette note, tirée de Kimi ga nozomu eien - Kiminozo pour les intimes - il s'agit de la rousse ) est l'aspect rassurant de la féminité. Amoureuse du héros, que ce soit en secret ( par ex. Shinobu dans Love Hina ) ou qu'elle sorte déjà avec lui ( cf. Sophie/Miku dans Wingman ), elle ne nécessitera pas d'effort de la part du héros. Comme de plus elle est douce et timide, elle ne lui fera pas de scènes qui lui mettront la honte devant tout le monde ( au pire, il suffira de lui parler un peu et/ou de l'emmener boire un café), et personne ne tentera de la lui piquer. Enfin, elle fera une très bonne mère pour ses enfants : elle vit déjà presque claquemurée au foyer, et elle lui fait déjà la cuisine.
Cela nous donne d'ailleurs un bon élément pour identifier du premier coup d'oeil la fille timide dans un shônen : c'est celle qui fait le bentô pour le héros et le réussit bien ; la fille volontaire, quand elle finira par en tenter un, le ratera lamentablement mais le héros le mangera quand même parce qu'il aura eu du mal à l'obtenir ). Il y a d'autres indices : elle n'a pas beaucoup de seins et d'ailleurs le héros ne les touche jamais, même par accident ; dans le même ordre d'idée elle ne portera pas de tenue sexie, même en-dehors du lycée, mais plutôt une combinaison jupe-chemisier du plus sage effet.
Le verdict est sans appel : la jeune fille timide est asexuée, ça doit rassurer le pauvre public masculin adolescent. Il est à noter que l'on peut rencontrer des jeunes filles timides dans les seinen aussi, mais là, elles auront des gros seins ( cf. Tomoko/Toroko dans GTO ).
La jeune fille volontaire ( et c'est la bleue - on dit ça ?- dans notre illustration ), quant à elle, représente la feminité à conquérir. Sportive, dynamique, courageuse et volontaire, elle est tout l'inverse de la jeune fille timide, et aussi du héros. A l'exception de la question des seins. Il semblerait que le rapport de proportionnalité volontarisme-taille des seins soit un phénomène assez récent ; on regardera pour s'en convaincre le diamètre des attributs de Laura dans City Hunter ou de Aoi/Elise dans Wingman rapporté à celui de Naru dans Love Hina pour s'en convaincre. Par contre ces seins-là, le héros les touchera, généralement par erreur, et le plus souvent pour son malheur ( si ce n'est pas le cas, vous avez sans doute confondu le mangasse original avec un doujin hentai de celui-ci ).
Il faut dire que la jeune fille volontariste représente le côté sexualisé de la femme. Et donc le héros se sent complexé face à elle. Elle porte aussi des tenues sexies, et il n'est pas trop de tomes à attendre pour la voir en sous-vêtements. Mais tout est bien qui finit bien, le héros finira par l'avoir celle-là aussi, ce qui prouve que la sexualité féminine, ça se maîtrise !
Parce que bien sûr le héros voudra la conquérir. D'une part parce que le défi c'est la montagne à gravir et pas la plaine à franchir, d'autre part parce qu'il faut bien dire que la jeune fille sage, ça l'ennuie, le héros ( et puis il veut niquer sans procréer derrière - enfin quand je dis derrière, je veux dire après hein, allez pas imaginer des choses scabreuses -). Et nous aussi, même quand nous disséquons ! Honnêtement, qui a préféré Hikaru à Madoka dans Kimagure Orange Road ( KOR pour les intimes )/Max et compagnie ?! La conquérir ça voudra dire l'amadouer, et finalement la transformer suffisamment en jeune fille sage pour que plein de choses soient devenues possibles ( enfin «plein», disons quelques-unes : zigzigpanpan - mais on vous le montrera pas shônen oblige -, quelle accepte enfin qu'on la voie avec vous, qu'elle aille avec vous à Tôdai, etc... ) ; c'est là qu'intervient généralement la scène du bentô raté, pour laquelle il faut que la jeune fille volontaire en soit déjà à pouvoir penser comme une jeune fille bien sage : «mais ne devrais-je pas savoir faire la cuisine pour lui prouver que je suis/comme une vraie femme ?...»
Une fois ces deux types ( même si c'est des gonzesses ;-p distingués, une question surgit : puisque la jeune fille timide aime le héros qui aime la jeune fille volontaire, comment se termine le triangle amoureux avec le mangasse ?
La réponse n'est pas systématique. On peut tout de même dégager une tendance qui s'explique par la nécessité de renouveller une population vieillissante, c'est-à-dire que le héros finit avec la mère de ses futurs enfants. Cela peut se produire de plusieurs manières : la jeune fille volontaire peut renoncer volontairement à l'amour pour lui que le héros aura fait naître en elle ( par exemple Itsuki dans I''s ou Aoi dans Wingman - oui, Katsura est une bonne source d'exemples ;-) -), ou bien elle peut être mise brutalement hors-circuit ( so long Asuka dans Evangelion ). Cette résolution est d'ailleurs un joli cas d'histoire d'amour qui finit mal.
Si la réponse n'est pas systématique, c'est qu'il existe a minima de notables contre-exemples. Je vous en citerai deux : celui dans KOR et celui dans City Hunter. Dans KOR, c'est finalement Hikaru qui sera rejetée au profit de Madoka ( yattaaaa !!! ), mais l'on notera que le suspence dans l'histoire résidait plus dans la question de quand que dans celle de est-ce que. Dans City Hunter, on pourrait dire que cela se passe presque faute de concurrence, car si la femme volontaire est Laura, ce sont les clientes qui incarnent la jeune fille timide.
A propos de mangasses de Hôjô d'ailleurs, City Hunter mais bien plus encore Cat's Eye fournissent un contre-exemple à ma règle sus-énoncée du mangasse hentai. En effet l'on peut voir Saeko dans City Hunter comme une incarnation de la femme mûre. Et dans Cat's Eye, vous noterez que les soeurs Kisugi nous fournissent une trinité femme mûre - jeune fille sage - jeune fille énergique, et que cette fois c'est bien la jeune fille sage qui remportera le morceau, ledit morceau étant l'inspecteur Chapuis.
Avant de conclure cette note, je vous regroupe dans ce paragraphe quelques duos ( plus ou moins centraux dans l'histoire ) de jeune fille sage/jeune fille énergique dans cet ordre tirés de shônen connus, voire archi-connus.
Saint Seiya : Marine-Shiina, Evangelion : Rei-Asuka, City Hunter : Laura-les clientes de Nicky, KOR: Hikaru-Madoka, I''s : Itsuki-Iori, Wingman : Miku-Aoi, Kiminozo : Haruka-Mitsuki, Suzumiya Haruhi no yuutsu : Mikuru-Aruhi, Yami to boushi no hon no tabibito ( sur lequel je ferai une note tantôt ) : Eve-Lilith, Berserk : Caska-Caska ( que voilà un exemple intéressant, mais il est vrai que nous sommes plus dans le seinen ), DN Angel : Riku-Risa ( dans cet ordre si je me suis pas emmêlé les pinceaux ;-), Macross : Lynn Minmei-Misa Hayase ( un exemple de fille volontaire qui n'a pas de poitrine format XXL ), Urusei yatsura/Lamu : Shinobu Miyake - Lamu ( exemple intéressant où le héros fuit la jeune fille énergique ), etc...
Bon, ça devrait vous suffire en matière d'exemples non ?! Ah oui, si, quand même. Si les filles sont déjà anecdotiques dans des shônen genre Saint Seiya ( pourquoi courir la gueuse quand y'a le Grand Pope au bout des marches ?!), elles sont pour ainsi dire inexistantes dans le shônen sportif style Captain Tsubasa/Olive et Tom car courir après la baballe ( surtout sur des terrains tellement longs qu'on y prend conscience de la rotondité de la terre) occupe le héros à plein temps, ce qui explique que seul le type de la jeune fille sage ( comme ça elle reste dans les gradins et elle fait pas chier ) y soit présent.
Donc le shônen est coupable. Mais nous n'allons pas le condamner trop lourdement ( en particulier, n'en déplaise à Madame Royal nous ne le brûlerons pas en Place de Grève ), parce que s'il posséde l'aspect peu reluisant que nous venons de décrire, il a aussi des aspects plaisants. Et puis la bédé franco-belge ne vaut pas beaucoup mieux ! Et je vous réfère à une future note sur l'homosexualité au sein de celle-ci pour vous le prouver !